Un sage à un jour dit “investissez donc dans les cryptos.” C’était en 2016, et aujourd’hui cela apparaît comme un très mauvais conseil.

… Ou peut-être pas ? Il semble qu’une nouvelle crypto monnaie apparaisse chaque jour, en promettant d’être la prochaine grande révélation. Facebook est le dernier géant technologique en date à annoncer le lancement d’une crypto monnaie bien à lui.

L’idée même de Facebook a plus ou moins été volée aux jumeaux Winklevoss… qui ont récemment lancé une monnaie numérique appelée Gemini.

Dans ce qui est une coïncidence hilarante, un incident planifié, ou une sacrée démonstration d’impertinence de la part de Zuckerberg, cette nouvelle monnaie s’appellera Libra (soit le signe astrologique de la Balance en français). Pourquoi est-ce si amusant ? Revenons un petit peu en arrière. C’est bien connu (et si vous l’avez oublié, un film entier y a été consacré), l’idée de Facebook a plus ou moins été volée aux jumeaux Winklevoss… qui ont récemment lancé une monnaie numérique appelée Gemini (du nom du signe astrologique des Gémeaux). On dirait que Mark remet ça avec ses gros doigts (prétendument) crochus.

Attendu pour 2020, Libra est la tentative de Facebook pour créer une monnaie mondiale plus rapide, plus simple et tout bonnement meilleure. Il travaille à rendre le fonctionnement de Libra aussi harmonieux et flexible que possible. Selon David Marcus, à la tête de Calibra (l’organisation gouvernant Libra, et qui est également le nom du portefeuille Libra), le but est de développer la structure, la technologie et la capacité pour supporter des milliards d’utilisateurs.

C’est ambitieux, c’est certain, mais est-ce que les 27 investisseurs de Libra, dont certains sont parmi les entreprises les plus connues au monde, peuvent vraiment se tromper ?

Enfin une crypto-monnaie avec de la valeur

Enfin une crypto-monnaie avec de la valeur

Une partie de la hype qui entoure Libra se concentre sur le fait qu’à la différence d’autres monnaies telles que Bitcoin et Ether, la valeur de Libra est adossée à une réserve constituée des fonds (de l’argent, du vrai… une monnaie fiduciaire pour les initiés) des investisseurs et des utilisateurs, ce qui signifie que sa valeur sera moins sujette à de grandes fluctuations. Comme tout ceux qui ont investit dans les Bitcoins à leur plus haut (pour ensuite mieux perdre cet argent) le savent déjà, les crypto-monnaies traditionnelles sont incroyablement volatiles.

La valeur des crypto-monnaies a, jusqu’à maintenant, épousé les contours de votre cote de popularité au collège. En 3ème, vous n’étiez cool que si vos potes le pensaient. Votre coolitude ne se basait sur rien de concret, et certains étaient tout simplement cools alors que d’autres non. Libra, elle, est comme ce mec dont le père serait arrivé au lycée un jour pour emmener toute la classe à un concert de Metallica.

Libra a suffisamment d’argent en banque, littéralement, pour pouvoir garantir sa valeur.

Ce gamin-là, lui, il était définitivement cool, et pour une raison claire et précise : Libra a suffisamment d’argent en banque, littéralement, pour pouvoir garantir sa valeur.

La préservation de la valeur est l’alpha et l’omega ici. Sur le site web de Libra, on peut lire :

De même que les consommateurs en Europe savent que le nombre d’euros qu’il leur faut pour acheter un café aujourd’hui est équivalent au nombre d’euros qu’il leur faudra demain, les détenteurs de Libra, eux aussi, peuvent avoir confiance dans le fait que la valeur de leur monnaie restera relativement stable dans le temps.

En d’autre termes, vous ne deviendrez pas millionaire en une nuit en investissant tôt dans Libra, mais vous ne risquez pas non plus de tout perdre à cause d’une chute soudaine.

Comment se positionne-t-elle par rapport aux autres ?

Libra est bâtie sur la même technologie blockchain que toutes les crypto-monnaies. Cependant, il est intéressant de noter qu’il y a débat pour savoir si Libra est réellement une crypto-monnaie. Alors que les monnaies comme Bitcoin sont définies par leur anonymat, leur ouverture et leur nature décentralisée, les sceptiques ont été rapides à pointer du doigt le fait que Libra ne partage pas ces traits de caractère.

Elle sera gérée par Calibra, qui sera contrôlée par Facebook et ses investisseurs.

Puisqu’elle sera gérée par Calibra, qui sera contrôlée par Facebook et ses investisseurs (hum, de larges sociétés ayant beaucoup d’argent et de pouvoir), le concept de décentralisation ne semble pas être une priorité.

On peut clairement soutenir que Libra s’apparente plus à une monnaie standard qu’à une crypto-monnaie. Elle se démarque des crypto-monnaies traditionnelles de plusieurs manières, depuis sa réserve jusqu’à son management, et il est clair que Facebook à de grands projets, pas typiquement cryptos, pour Libra.

Mauvaise presse

Même si cette nouvelle crypto-monnaie fait clairement le buzz, elle à certainement ses détracteurs.

Paré pour l'échec

Paré pour l’échec

David Black, un contributeur pour Forbes spécialisé en Fintech, exprime ses inquiétudes :

[Libra c’est] tout nouveau, et c’est censé fonctionner sans accrocs et garder trace des actifs financiers dès le premier jour. Ses chances de fonctionner sans lacunes dès le départ sont quasiment nulles… Facebook, tout comme les autres géants de l’internet, est incapable de créer du code qui fonctionne, même avec des tests poussés et des millions d’utilisateurs.

David Black pense que cela sera suffisant pour engager Libra sur la voie d’un échec certain, parlant même de “Lie-bra” (“lie” étant le mensonge).

Quel anonymat ?

Quel anonymat ?

D’autres opposants s’inquiètent du niveau réel d’anonymat offert puisque Facebook n’est pas exactement un champion lorsqu’il s’agit de protéger le caractère privé de données personnelles. La sécurité et l’anonymat étant parmi les attraits majeurs des crypto-monnaies pour leurs utilisateurs, lorsque les promesses proviennent d’une source dont la fiabilité est ambiguë, le scepticisme est forcément au rendez-vous.

Pas de bénéfice réel

Pas de bénéfice réel

Troisième signal d’alarme majeur au sujet de Libra, il ne semble pas y avoir de réel bénéfice pour l’utilisateur lambda à utiliser cette monnaie et son portefeuille, Calibra, par rapport aux options bancaires traditionnelles. La valeur de Libra est adossée à des devises fiduciaires, si la valeur de Libra s’envole, c’est sans doute parce que le dollar ou l’euro, ou les deux, se sont aussi envolés. Il n’y a pas de potentiel d’investissement ici. La monnaie Libra n’est pas assurée de la même manière que l’argent l’est dans une banque, il n’y a donc pas d’avantage sécuritaire du point de vue de la protection des actifs.

Problèmes potentiels de sécurité

Problèmes potentiels de sécurité

Il semble que l’un des rares avantages de Libra que n’offrent pas les banques traditionnelles est la possibilité de s’inscrire et de l’utiliser sans tomber dans aucun des pièges liés à l’ouverture d’un compte en banque. Ce qui inclut aussi de pouvoir contourner les mesures de sécurité mises en place pour détecter la fraude et les arnaques.

À qui cela va bénéficier ? Probablement à quelques personnages douteux. La position officielle de Facebook sur ce point est que Libra et sa liberté d’utilisation aideront les habitants des pays en voie de développement, qui n’ont pas un accès égal aux banques ou même à l’économie globale.

Même si l’égalité est un but incroyablement important et sur lequel tout le monde pourra tomber d’accord, il est aussi important de reconnaître les risques d’un système tel que celui d’une crypto-monnaie ouverte à tous, anonyme, et si facilement accessible.

Résumons

En fin de compte il nous faudra attendre de voir ce que Facebook a en magasin pour le monde avec Libra. Est-ce qu’elle ouvrira le chemin d’une révolution dans la manière dont nous voyons, accédons et gérons l’argent dans notre économie globale, ou est-ce que ce sera seulement un stratagème de la grande méchante machine Facebook pour gagner plus de contrôle sur nos données ?

Le temps seul pourra le dire. En attendant, nous devrons tous faire preuve de patience.